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Journal | Septembre 2020

 
  • mercredi 2,
Home
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Home, roman de Toni Morrison, 2012, dans la traduction de Christine Laferrière, Christian Bourgois Éditeur, 10/18 pour la version poche

Le début des années 50 par les yeux de Frank, africain américain de retour de la guerre de Corée, la rage et l’absurde au creux du ventre, qui va traverser les États-Unis du nord au sud pour tirer sa sœur, Cee, d’un autre mauvais pas. Retour aux territoires de l’enfance et aux démons qui l’ont peuplée. Ségrégation, racisme, eugénisme, pauvreté, et néanmoins dignité. Heureusement, tout cela n’est que de l’histoire ancienne.
Je retrouve l’écriture simple et concise de Toni Morrison, toute en retenue et porteuse de tout un univers pourtant, que j’avais tant aimée à la lecture de L’origine des autres. Et j’aurai plaisir à y retourner encore, bientôt ! Si vous souhaitez découvrir, je pense que ce récit est une très belle entrée.

 

 
  • mardi 8,
Lupus
Lupus

Lupus, roman graphique de Frederik Peeters, Atrabile, 2003-2006

Aâma m’a profondément marquée, RG me laisse aussi un très bon souvenir, bien que beaucoup plus flou (plus lointain aussi...). L’occasion d’enfin découvrir une autre de ses œuvres majeures dont le titre rôde depuis longtemps autour de mes oreilles...
Série de science-fiction comme Aâma, mais ne nous y trompons pas, c’est bien d’espaces infinis intérieurs, éternellement silencieux ou pas — c’est justement la question — dont nous partons à l’exploration, malgré les décors très sympas. À travers les yeux de Lupus, héros au nom évocateur de maladie auto-immune, s’étire le fil d’une existence aussi ennuyeuse et lente que le serait une croisière sur un canal entre l’enfance et la mort, que seul le hasard des rencontres, et de ce que l’on en fait, viendrait relever et orienter vers des horizons inconnus. Les relations humaines. Amitié, amour, parentalité, Peeters explore, son trait et ses mots sonnent juste, avec l’honnêteté des tourments intérieurs partagés. Avec le poids des défaillances, des évitements, des hontes et des courages du quotidien. Ce qui fait l’humain ? Une vie ?
Alors, finalement... l’homme est-il un loup pour l’homme ?
Récit parfois déroutant, qui demande à laisser infuser, lentement. Une lecture qui laisse son empreinte. Vraiment beaucoup aimé.

 

 
  • mercredi 9,
Le mystère de la création artistique
Le mystère de la création artistique

Le mystère de la création artistique, essai / conférence de Stefan Zweig, dans la traduction de , Pagine d’Arte, 1943, 2017 pour la présente édition

Lors de cette conférence donnée à New-York en 1939, Zweig interroge la création artistique, essaie de l’éclairer de ses recherches, sa réflexion, comme il mènerait une enquête, à cela près qu’il y apporte aussi sa propre expérience de créateur, à la fois conscient et non-conscient, acteur et témoin de ce grand mystère qui parvient parfois à élever l’homme un petit peu plus haut que son point de départ, le laissant par là même réaliser que celui-ci ne peut qu’encourager la modestie. Comme toujours en ce qui me concerne, le plaisir de la plume de Zweig, à laquelle les traducteurs ont semble-t-il toujours su rendre grâce. Concision, style et réflexion ne sonnent autrement que comme une invitation, que je vous transmets avec joie !

 

 
  • jeudi 17,
Coulez mes larmes, dit le policier
Coulez mes larmes, dit le policier

Coulez mes larmes, dit le policier, roman de Philip K. Dick, dans la traduction de Gilles Goullet, Nouveaux Millénaires, 1974, 2013 pour la présente édition

Comment une histoire de Philip K. Dick pourrait-elle être simple ?
Jason Taverner, star mondiale à qui tout réussit (normal, c’est un Six), se retrouve avoir glissé dans un monde en tout point similaire au sien, au détail près que, dans celui-ci, il n’existe pas. Paradoxe lui valant bien vite une enquête de la part des services de cet État policier et concentrationnaire qui risque de l’envoyer en camp de travail pour la fin de sa (non-)vie. Trimbalé de gauche à droite pour tantôt se cacher, tantôt expliquer sa situation, tout en essayant de comprendre ce qui a bien pu lui arriver, Jason rencontre un panel de personnages pas beaucoup plus maîtres que lui de leur propre existence dans ce monde à la croisée entre ceux d’Orwell (1984) et d’Uxley (Le meilleur des mondes) qui semble s’être emballé tout seul, malgré la survivance, ténue, d’une certaine délicatesse. Un peu comme celui que nous connaissons en ce moment, dans un sens...
Outre la critique de l’État policier, directement inspirée semble-t-il par son expérience/sa paranoïa (selon les textes de référence) de la CIA des années 70, Dick s’attèle à ses questionnements fondamentaux : réalité, identité, conscience, perceptions, et glissements de celles-ci (drogues, expérience de mort imminente, etc...), et donc interrogation sur ce qu’est la vie, la mort, toussa toussa... Le début m’a dans un sens rappelé l’excellent film d’Adrian Lyne L’échelle de Jacob (pas du tout dans un univers sf, c’est un film de guerre, mais bon, hésitez pas à aller faire un tour à l’occasion !).
Bon, pour faire court, moi, forcément, interroger la réalité, l’identité, la perception, etc... c’est ma came, si j’ose dire. Comme d’habitude, ce n’est pas tant pour le style, le choix des mots ou des atmosphères... mais les questions et concepts qu’il apporte vont tellement loin que le voyage est, pour moi, un régal stimulant.

 

 
  • dimanche 20, parcs nationaux !
Parks
Parks

Parks, jeu de société de Henry Audubon (itinéraires) et Fifty-nine Parks Print Series (paysages), 2020, Matagot

Y’a des dimanches où, même s’il fait beau dehors, on reste jouer dedans. Mais de toute façon ce jour-là était tout gris, alors on est restés randonner dans les parcs nationaux américains. Car oui, c’est l’objet de ce superbe et très complet jeu où l’on va arpenter les sentiers sous les quatre saisons, récolter expérience, souvenirs et photos pour pouvoir enfin se dire « celui-là, j’y suis passé », symbolisé par une carte magnifiquement illustrée. L’expérience m’a évidemment [1] beaucoup plu tant le jeu est immersif et la thématique bien fondue dans la mécanique (ou l’inverse, dire à quel point c’est fondu). Concrètement, un jeu de parcours où chaque joueur fait avancer l’un ou l’autre de ses deux pions (avec possibilité de combiner les effets bénéfiques) sur des plaques permettant d’obtenir expérience et bonus. À la fin de chaque saison de randonnée (= chaque parcours accompli), les joueurs peuvent échanger leur expérience contre des outils qui les aideront lors des randonnées futures ou bien contre une carte « certifiant » la visite d’un des 59 parcs nationaux. Je reste cependant sur ma faim dans l’impression qu’il m’a laissée de ne pas exploiter pleinement son potentiel : j’ai trouvé que la part aléatoire des tirages pouvait engendrer des situations bloquantes, signe pour moi d’un équilibrage qui n’a peut-être pas été poussé assez loin. Dommage, car à mes yeux, c’est ce qu’il manque — c’est-à-dire finalement pas grand chose — pour en faire un excellent jeu, à la hauteur de l’univers graphique et du matériel proposés. Il reste néanmoins très agréable et permettra à de nombreux cercles familiaux et amicaux de s’évader quand les conditions exigent de rester à l’intérieur...
Mon cerveau me dit « mmmmmhh... » et cœur et yeux crient « qu’il est bôôôôôô » quand les mains sont déjà dans la boîte à préparer la mise en place. C’est pas joli-joli de mettre les gens dans des situations pareilles !

Vidéo de présentation

Prolonger la balade ?
50 missions
50 missions

50 missions, jeu de société de ?? édité par OYA, 2020

Jeu de cartes coopératif où il faut réussir à son tour à poser une de ses cartes correctement sur une des quatre piles (sans causer avec les copains) pour valider une des quatre missions visibles en cours (exemple : que les quatre cartes soient de telle famille, ou par ordre croissant, ou... y’en a plein comme ça). Le but du jeu : remplir le plus de missions avant la fin du paquet. Simple, efficace, et redoutablement addictif.

Bon, pis j’ai testé deux super-proto aussi, mais ça, chhhhhhut... :)

 

 
  • vendredi 25,
Les Triplettes de Belleville
Les Triplettes de Belleville

Les Triplettes de Belleville, film de Sylvain Chomet, 2003

Sentiment partagé après le visionnage à la fois tant attendu et tant repoussé de ce film qui à l’époque de sa sortie a tellement fait parler (en bien) et de lui et de l’animation française (certes très cocorico, peut-être un peu trop, trop pour moi en tous cas... Amélie Poulain n’était pas loin). Partagé parce qu’il est difficile, qu’on le veuille ou non, de ne pas retrouver la mélancolie et la poésie de l’univers de Nicolas de Crécy, proche collaborateur de l’époque, même pas crédité au générique. Qui inspire qui, vaste question. Mais elle entache le drap blanc de la création sur lequel on projette le film. Mélancolie comme poésie tombent alors comme une plâtrée de rata qu’on balance dans la gamelle du chien. splash.
C’est bien couillon, parce que la poésie, on en a encore bien besoin aujourd’hui.
À part ça, l’animation est formidable, le travail autour de la musique, du son et du rythme, fabuleux, et l’exploration de la lenteur dans la course poursuite finale a quelque chose de tellement viscéralement gluant, qui reste encore et encore, de la mélasse dans laquelle nous pouvons avoir la sensation que nos vies nous emprisonnent, parfois, contre laquelle seules la tendresse et la fantaisie peuvent tenter de lutter. Tout mot serait en effet superflu. Pas sans me rappeler Un océan d’amour, de Gregory Panaccione et Wilfrid Lupano, non plus (2014), dont je recommande plus que chaudement la lecture, comme celle du Bidendum céleste, Léon la Came, et plus largement les univers de Nicolas de Crécy et de Sylvain Chomet, dont une bonne partie me reste encore à découvrir, et ça c’est cool !

 

 
  • dimanche 27,
Star Wars IX — L'ascension de Skywalker
Star Wars IX — L’ascension de Skywalker

Star Wars IX — L’ascension de Skywalker, film de J.J. Abrams, 2019

Vu [2].

 

[1ça pourra paraître évident à ceux qui me connaissent

[2Ça vous paraît un peu « court », creux, d’un vide intersidéral ? Moi aussi...

Première mise en ligne 2 septembre 2020, dernière modification le 16 octobre 2020

LR CC by-nd

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