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Brosse-toi les dents !

Du Libre comme hygiène face aux dangers des GAFAM

À l’heure où il semble de plus en plus important d’adopter des comportements éclairés sur les outils en ligne que l’on sera amenés à utiliser avec une régularité croissante, il me paraissait important de vous dresser une liste d’alternatives open-source, libres et gratuites, histoire de retrouver un peu d’air frais, au moins sur la toile...

#Libre, j’écris ton nom
https://www.poetica.fr/poeme-279/li...

De plus en plus vous pouvez entendre ici et là « les GAFAM » érigés au rang d’antéchrist, sans forcément en comprendre les raisons et les motivations. Nombre d’amis à qui ces produits rendent bien service ont bien conscience de faire l’objet d’un pompage de leurs données personnelles, sans forcément voir le danger des dérives auxquelles cela pourrait mener (voire mène déjà d’un pas décidé), mettant en avant le très honnête et maintenant célèbre « d’toute façon j’ai rien à cacher ». Certes.
Mais faut-il avoir quelque chose à cacher pour demander le respect de ses données personnelles, comportementales, et de sa vie privée ?

Brazil (Terry Gilliam, 1985)
Brazil (Terry Gilliam, 1985)

Ces GAFAM, pour Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, auxquels on pourrait ajouter tout l’Alphabet et bien d’autres encore... font reposer leur modèle économique sur plusieurs ressorts assez discutables (et justement discutés) : en proposant leurs services gratuitement, ils s’attirent massivement des utilisateurs :

  • dont ils récoltent les données personnelles lors de l’inscription et des modifications de compte, pour constituer des bases de données utilisées en interne dans les filiales ou revendues à des régies publicitaires (le RGPD limite le phénomène, mais veillez bien à donner un consentement éclairé, c’est tellement facile de louper une case qui était déjà cochée dans un coin...),
  • dont ils récoltent et analysent les publications, les comportements, soumis aux traitements d’algorithmes programmés en fonction des stratégies de ces entreprises,
  • auxquels ils proposent des produits, des publications, qui forgeront des opinions et des représentations du monde pré-orientées selon la façon dont l’algorithme aura été programmé (de ce qui s’affiche dans les encarts publicitaires aux publications qui apparaissent sur votre « mur » facebook, suggestions de contacts, d’articles, de série à regarder ensuite, de livre qui pourrait vous plaire, playlist musicale en résonance avec votre humeur et j’en passe, Alexa, Siri, merci, ta gueule).

Dans le cadre d’un usage marketing, ces données servent donc d’objets d’études pour optimiser la communication ou le design produit dans le but d’accroitre les ventes ; on peut entrevoir plus clairement les procédés manipulatoires en jeu en s’intéressant notamment au cas du marketing expérientiel et à la notion d’hyperréalité (et il ne s’agit ici que de vendre des produits...).

They Live Invasion Los Angeles (John Carpenter, 1988)
They Live Invasion Los Angeles (John Carpenter, 1988)

Car aujourd’hui oui, utiliser un service, c’est accepter, dans la multitude de données présentes sur le web ou sur un réseau, que l’algorithme dudit service vous montre ce que lui (ses programmeurs, et surtout ceux qui les payent) ont choisi de vous montrer. Exactement de la même façon que si vous vous faisiez une opinion de l’actualité en lisant toujours et exclusivement le même quotidien, écoutiez toujours et exclusivement la même radio, lisiez toujours et exclusivement le même livre. Avec les mêmes risques de dérives. Concentrer plusieurs de ces services entre les mains du même modèle d’entreprises, c’est leur donner les clés de notre représentation du monde, donner les fils de notre propre pantin et se laisser volontairement manipuler par d’autres, et ça me semble très dangereux.

D’autant plus dangereux que ces outils ont été dessinés pour nous rendre les choses faciles. Le modèle est éprouvé : interconnexion des services les uns avec les autres, largeur des usages, prise en charge des procédures complexes donc facilité, praticité, gain de temps. Le piège est bien réglé. Nous débarrassant ainsi de la nécessité du moindre effort, ils nous rendent fainéants, et nous enferment très délicatement dans un système bien confortable qui finit par nous dicter sa loi, et dont la sortie sera d’autant plus difficile que le réveil sera rude, si toute sortie est encore possible. Vers qui se tourner en effet si ceux qui résistaient, les petits, les indépendants, disparaissent d’épuisement ? C’est le cas pour les petits commerces : où acheter le jour où Amazon a tout supplanté ? C’est la même chose pour les logiciels et les services auxquels nous sommes toujours plus connectés. C’est là que la notion de Libre devient centrale, au-delà même d’internet.

Ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que de la même façon qu’elles vont façonner les produits et le discours marketing qui les entoure pour vous en donner envie, par l’appariement à une représentation de soi ou l’appartenance à un groupe social par exemple, et ainsi vous les faire acheter (et donc se faire du pognon sur votre dos pour une chose dont vous n’aviez pas forcément besoin), ces entreprises se trouvent en capacité croissante de façonner les opinions, les représentations du monde pour une personne donnée. Le monde alors ainsi dessiné comme un produit, au profit du plus offrant.

Idiocracy (Mike Judge, 2006)
Idiocracy (Mike Judge, 2006)

Et c’est pour cette raison qu’il est aussi de plus en plus question de surveillance de masse. Que ce soit à but marketing ou politique, l’outil existe et est déjà en place. Vous qui vous sentez dans votre bon droit, imaginez donc ce qui pourrait se passer si demain une loi décrétait que la publication de photos de chats, ou d’invitations à collaborer à un projet jugé subversif, devenait un délit... imaginez que pour une raison ou pour une autre nous devenions obligés de justifier de la nécessité du moindre déplacement, par exemple. Imaginez que pour une raison ou pour une autre les contrôles soient systématisés, en recourant aux données de vos déplacements enregistrés sur votre mobile, le gps de votre véhicule, celui implanté dans la puce de votre contrat d’assistance... Heureusement pour le moment des instances de régulation existent pour limiter ces débordements. Mais faut-il toujours compter sur elles ? Sommes-nous infantilisés au point de ne pas apprendre nous-mêmes à prendre soin de nos données, comme on apprend à prendre soin de ses dents, une simple question d’hygiène ? Apprendre à reprendre le contrôle de nos données, de nos curiosités, nos apprentissages, nos opinions. De nos vies ?
Au moment-même où l’on ferme les petits commerces et les librairies au profit des webvendeurs (dont Amazon possède une large part de marché, tiens don’), à la période charnière où ceux-ci auraient une chance de rattraper un peu du chiffre d’affaires perdu au printemps, alors qu’on laisse des gens armés de fusils déambuler librement dans l’espace public sous couvert préfectoral d’élimination de « nuisibles », pensiez-vous encore que les lobbies jouent un rôle secondaire dans nos institutions ?
À titre perso, j’ai pas envie d’être le prochain sanglier.

Ce sont nos comportements d’aujourd’hui qui fondent le monde que nous connaîtront demain, par les valeurs que nous participons à promouvoir, les petits choix du quotidien qui semblent anodins, chaque euro dépensé et qui renforcera telle entreprise, telle organisation, tel modèle économique et social plutôt que d’autres. Nous aussi pouvons façonner le monde. Chacun à son échelle et tous ensemble. Chacun sa goutte... Il suffit de le décider.

Allez... ça commence par 19... (George Orwell, 1948)
Allez... ça commence par 19... (George Orwell, 1948)

Voilà donc pour cette première partie, que je souhaite informative et invitant à la réflexion, ne cherchant nullement à convaincre, mais au contraire à présenter les briques nécessaires à la fabrique d’une opinion personnelle (même si les illustrations sont clairement orientées, je le reconnais).
Peut-être que celle-ci reste différente, et que vous souhaiterez continuer à utiliser ces services de la même façon, et c’est bien heureusement votre droit le plus strict !!! c’est justement ça dont il est question : faire ses propres choix, de manière libre et éclairée. Merci alors d’avoir lu jusqu’ici. Et n’hésitez pas à partager vos réflexions et sentiments en commentaire si vous le souhaitez.
Si en revanche, vous vous sentez un peu perdus, piégés, envie d’en sortir sans trop savoir comment, on continue ensemble... =)

En parallèle, une porte d’entrée sur une réflexion plus globale, notamment autour de la notion de Communs, d’une réorganisation sociale dans le sens du partage, de l’horizontalité des échanges et des relations, du développement de projets participatifs, pour remettre l’humain (et pourquoi pas le vivant en général) au centre des préoccupations.

 
 

Initialement prévu en un seul article (^_^’), cette publication se transforme donc en dossier scindé en trois parties, plus aérées, afin que la lecture n’en soit, je l’espère, que plus agréable pour vous...

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Première mise en ligne 24 novembre 2020, dernière modification le 1er décembre 2020

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