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Fuite en avant ?

Employée bien souvent à toutes les sauces, dévalorisée socialement, opposant les courageux les vaillants, et les poltrons, selon leur type de réponse au stress, le fameux « fight or flight » décrit et théorisé par Walter Bradford Cannon, détournée dans le management par le stress pour « tirer des collaborateurs le meilleur d’eux-mêmes » avec les résultats que l’on connaît aujourd’hui... la fuite ne bénéficie pas dans notre société des connotations les plus valorisantes. Au point, peut-être, de se demander à qui profite le crime... Combien d’amis, de connaissances, en plein brun out, prêts à mettre leur santé et leur vie en péril pour ne pas se retrouver en porte-à-faux face aux jugements externes et, surtout, à leurs propres valeurs internes, formées depuis la naissance comme se forment les stalactites, concrétionnement quotidien d’une culture encore largement inféodée à la culture judéo-chrétienne dont je me demande si l’objectif n’avait pas quelque visée manipulatoire, pour tenir autrement que par la force un peuple soumis et productif.

Mais qu’est-ce finalement que la fuite ?
Est-ce que, quoi qu’on fasse, on n’en revient pas toujours à ça ? Fuite en avant. Fuite dans le passé. Ou dans l’immobilisme...
La fuite ne serait-elle une façon de refuser une situation, présente ou à venir ? Une façon d’agir pour marquer la non-acceptation. Fuir ou alors combattre... La seule qui reste peut-être tant le combat me paraît parfois une solution illusoire. Pas dans l’absolu, mais au sens où on l’entend généralement. J’ai de l’admiration pour tous ceux qui poursuivent publiquement un combat pour définir une société meilleure en affrontant, en s’opposant à l’incompréhension, à la manipulation de masse, au cynisme. Ils sont essentiels. Je n’en ai pas le courage. Le seul (courage) dont je dispose, et ce n’est pas réellement du courage, est de passer mon énergie à vivre selon mes valeurs, mon éthique, ce qui me paraît important. Vivre selon le monde tel que j’aimerais qu’il soit, devienne.

Être créateur de son monde.
Dessiner sa propre voie, son propre chemin. L’expérimenter, le partager, le proposer à d’autres individus, qui pourront l’améliorer, l’adapter à leurs propres nécessités, aspirations. (Et créer autant de mondes que d’individus ? pourrait-on m’opposer. Ne nous leurrons pas, il y a déjà autant de représentations du monde qu’il y a d’individus.)
Peut-être alors que fuir, ce pourrait être d’une certaine façon précéder ? Fuir plutôt que suivre et subir ?
Que cherche-t-on à fuir ? Et peut-on tout affronter ?

Pour ce qui me concerne, fuir une société génératrice de souffrance,
fuir mon incapacité à m’y « intégrer », à m’y trouver une place de peur peut-être de finir par y trouver du confort, à trouver un job, une routine, devoir affronter le quotidien, mener les petits combats récurrents contre l’absurdité, affronter la bêtise des habitudes qui ont fini par perdre de leur sens par glissement de contexte mais qu’on persiste à appliquer. Tous ces petits poisons. Fuir la souffrance du voisin, qui l’exprime comme il peut. Subir.
Fuir l’ennui [1]. Dans la pleine conscience de l’approche inévitable. La mort l’immobilité. Me mettre en mouvement pour que chaque jour soit différent, que chaque réveil soit l’invitation à de nouvelles découvertes, de nouveaux paysages, de nouvelles rencontres. S’adapter non pour mieux s’aliéner mais au contraire pour s’émanciper. Explorer un chemin d’émancipation.
C’est peut-être ça finalement. Juste le mouvement pour n’avoir pas l’impression d’être déjà mort. Se sentir pleinement vivant. Tout simplement.

 

Relativity of matter
Relativity of matter
Crédits : Levi van Veluw (levivanveluw.com)

 

Du grain à moudre...

Pour aucune autre raison que celle de l’intuition s’invite l’envie, la nécessité ventrale de lire, et s’il y a lieu peut-être confronter, ou comparer, deux livres, deux pensées :

  • L’éloge de la fuite, Henri Laborit
  • L’homme révolté, Albert Camus, versant théorique de La peste dans le « cycle de la révolte »

Je viendrai amender au besoin la présente réflexion du terreau enrichi par ces textes...

Par ailleurs, toujours de l’ordre d’une relation intuitive et potentielle avec le sujet, le « Profession philosophe » avec Barbara Stiegler (série des Chemins de la philosophie (sur France Cul’)), invitant à réfléchir notamment aux motivations de l’adaptation : émanciper ou aliéner ?

Écouter l’émission

[1attention, pas le moment creux un peu flottant source de créativité car invitation à l’errance de la rêverie, mais cette sorte d’ennui profond, presque structurel, trou noir qu’on s’acharne à remplir comme on le peut, avec ce qui passe à portée

P.-S.

Coup d’arrêt, une nouvelle fois, avant de publier ce deuxième article de mes nomadismes. D’un côté futile et tellement éloigné des réalités du moment.
Puis me dire que la situation, finalement, ne donne que plus de force et de profondeur au propos, à la réflexion, à vos potentielles réactions, à la discussion qui en naîtra peut-être (je l’espère vivement !)

Première mise en ligne 3 novembre 2020, dernière modification le 1er décembre 2020

LR CC by-sa

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