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Une économie différente ?

Cas pratique

Reprise d’un message posté sur Diaspora*, le 12 septembre 2018.

En pleine réflexion sur le statut du créateur, qui aujourd’hui pas plus qu’hier ne vit que d’amour et d’eau fraîche (tiens au fait, la facture vient d’arriver…), mon rêve d’ouverture de la création à la culture dite libre, aux communs de façon généralisée, l’aspiration de ne pas nourrir (= servir de consommable) une industrie quelle qu’elle soit. Le désir de pouvoir m’abreuver librement et à mon tour offrir à la communauté ce que j’ai fait. Mais étonnamment, créer, comme n’importe quelle activité, requiert du temps. Quand le “monde du travail”, lui, est à l’agonie, et les chanceux, les heureux travailleurs, perdus et en quête de sens dans un monde qui ne tourne plus rond à tourner en rond. Est-il humainement acceptable de perdre sa vie à essayer de la “gagner” ?

Récit d’une expérience… (on mode partage rapide, j’y reviendrai)

  • Étape 1 : mettre en place des activités annexes, mais connexes (en l’occurrence pour commencer, lancement d’ateliers photo, cours particuliers et reportages)
    Ensuite…
  • Étape 2 : structurer la présence sur internet en rapprochant et harmonisant “mes” identités… c’est juste la même personne qui s’exprime de façons différentes (et permet peut-être aussi d’exprimer des choses différentes), chaque média susceptible de toucher diversement les sensibilités, alors pourquoi scinder ? mitonner un lieu-atelier où publier librement.
  • Étape 3 ? : inscription sur des plateformes de financement participatif, Tipeee, Patreon, Flattr… d’ici-là peut-être d’autres systèmes arriveront ? (bien sûr le rejet de la publicité comme méthode de financement)
  • Étape 4 : proposer, en plus, sur une boutique en ligne mutualisée, les “produits dérivés” : le livre non plus en tant qu’idée (librement disponible), mais en tant qu’objet, l’image non plus en tant que vecteur d’émotion ou d’histoire, mais en tant que tirage d’art, corps concret dont on peut se saisir… (dans une démarche éthique, proche d’un travail d’artisan)

Ces choses-là existent déjà, l’idée n’est pas révolutionnaire, mais l’envie d’essayer à ma façon… Trouver de nouvelles solutions. Enfoncer des portes ouvertes, d’autres fermées. Essayer. Tester.

Ben voilà, on en est là. 10 mai 2019.

Côté photo, l’activité démarre. D’un côté « la galerie », avec partage des images aux conditions CC-By-Nc-Nd dès que faire se peut (et le Stock en CC0) et vente de tirages. De l’autre « le studio itinérant », les prestations, ateliers et cours particuliers, les reportages. Entre les deux les sujets qui me tiennent à cœur, mes projets perso, dont je tirerai de nouvelles séries, et même peut-être un livre, qui sait.
Côté présence sur internet, je suis parvenue à réaliser ce « lieu-atelier » dont je parlais, dont je n’avais encore pas d’idée précise, et tel que je l’ai depuis conçu dans ma tête. Un endroit unique où partager, m’exprimer, une île d’où envoyer des bouteilles et où ceux qui voudront pourront me retrouver, globalement ou spécifiquement selon ce qui leur parle le mieux, selon nos intérêts communs. Un endroit d’où je peux travailler, où que je sois. L’atelier nomade dont j’avais besoin.
Un écosystème complet : le présent site bien sûr, mais aussi un outil de partage en ligne pour échanger avec clients et collaborateurs, des outils d’organisation, de prises de notes et d’écriture synchronisés, une plateforme de discussion en ligne, un webmail décentralisé, le tout libéré de l’hégémonie des gros acteurs du marché, avec uniquement des outils libres, open-source et décentralisés.
Côté écriture, pour l’instant rien de neuf, le temps manque et je n’arrive pas à avoir dans la même journée à la fois la disposition d’esprit nécessaire au codage et celle qui m’incline à la rêverie, même si l’on dit souvent que le code est de la poésie (je n’en doute pas, à un autre niveau que le mien, de la même façon qu’on parle d’élégance en mathématiques ou en physique). Mais la volonté est là, l’envie et les idées. Des projets à finir, à continuer, d’autres qui apparaissent ou s’ébauchent sans que je ne leur demande rien. En attendant un retour à plus calme, le transfert des textes depuis l’ancien blog continue (sauf « DUCALA » qui va être remanié et dont je ne souhaite partager que la prochaine version), et la transcription de choses écrites au crayon.
Côté boutique, l’idée mûrit tranquillement, et sera concrétisée je l’espère d’ici la fin de l’été selon le tableau esquissé plus haut, avec livres et tirages d’art en « open-edition » [1], pour commencer. L’idée n’est pas d’aller vers toujours plus d’automatisme, mais juste vers une simplification du traitement logistique, en me libérant du temps utile à autre chose (et notamment à la création). Toujours à l’aide d’outils libres autant que possible.

Et l’inscription sur les plateformes de financement est pour bientôt. Liberapay principalement, dont la démarche colle je crois le mieux à la mienne, mais aussi sans doute Tipeee et Patreon pour leur visibilité. Puis pour offrir à ceux qui le veulent la possibilité de me soutenir sans avoir à passer par une plateforme spécifique (simple question de cohérence), je publierai aussi les coordonnées bancaires sur la même page. Je commence aussi à m’intéresser à la monnaie libre. Et il est fort probable que rien que pour participer à la diffusion de son existence, je propose aussi cette possibilité.

Les outils technologiques évoluant beaucoup plus vite que nos mentalités, j’ai parfois encore peur que cela soit pris pour de la mendicité. Peut-être est-ce la marque de ma propre éducation qui m’induit cette idée. ;)
Mais je crois qu’il est important de combattre ce sentiment de culpabilité issu du monothéisme de l’Argent comme outil de domination et d’asservissement.
L’argent était à la base un outil d’échange. Peut-être serait-il temps qu’il le redevienne. Librement, simplement.
Peut-être serait-il temps de faire évoluer notre pensée.

Et si...

Alors on dirait qu’on aurait plus besoin d’argent... que tout le monde aurait accès aux ressources dont il a besoin quand il en a besoin. Comme ça y’aurait plus de peurs de manquer, et y’aurait plus besoin d’accumuler, amasser servirait plus à rien, ça pourrait juste circuler... Et pis on dirait que les gens, ben ils feraient ce qu’ils aiment faire dans leurs journées, ce à quoi ils se sentent bons, ce qui leur donne la sensation d’apporter quelque chose aux autres... Parce que les discours sur les feignasses qui profitent, moi j’y crois pas. Oui on peut avoir besoin de se reposer parfois, se coller dans un coin et panser ses plaies, se reconstruire, se déterminer... mais l’être humain peut pas rester toute une vie sans rien faire, sans chercher à donner un sens à cette vie. C’est pas tenable. Du moment qu’on la laisse s’exprimer cette façon que chacun peut avoir de donner du sens à sa vie.
Et remettre en cause la notion de valeur ?!! Ben oui. La notion de valeur est une chimère. Elle dépend de chaque personne, de son histoire, de ses propres valeurs (morales celles-là), des émotions et de l’affectivité qui y sont liées... Pareil pour les rapports entre les gens. Un simple regard peut apporter beaucoup plus que de gagner au loto. On arrêterait de juger les choses et les gens sur leur « valeur ajoutée ». On arrêterait de spéculer (en dehors de la spéculation, quelle valeur l’art a-t-il aujourd’hui par exemple ?? et que dire des grandes entreprises ?).
On reviendrait à des choses simples, des vies simples. Les biens matériels pourraient être imprimés en 3D. Et puis il resterait quelques pôles de fabrication institutionnels gérés de manière collective, histoire d’éviter à deux-trois trucs de se balader, pour le matériel médical et scientifique. Parce qu’avec un peu de chance, sans la finance, les missiles on en aurait peut-être plus besoin...
Alors on vivrait dans une culture basée sur la générosité, le don, l’abondance, la libre circulation. On aurait plus besoin de combler un vide abyssal par des achats compulsifs dans une galerie marchande ou sur internet. La surconsommation outrancière cesserait d’elle-même, naturellement. On reviendrait à un équilibre.

Non ?! Mouais. Bon... on reviendra dans un siècle ou deux [2]...

 

Alors on dirait qu’on arriverait pas encore à faire sans argent, mais qu’on pourrait essayer de rendre tout ça un peu plus fluide, si on le voulait.

Peut-être qu’on essayerait d’abord de déconditionner les échanges, l’acte de proposer quelque chose à la communauté de celui de donner de l’argent pour obtenir ce quelque chose. On laisserait libre d’accès les « quelque chose », et tous ceux qui le souhaitent pourraient en bénéficier, qu’ils en aient « les moyens » ou pas. Tous ceux qui le souhaitent pourraient même participer à l’élaboration de ces « quelque chose », à leur amélioration.
Mais les gens qui participeraient à ça, ils auraient encore besoin d’argent, puisqu’on a dit qu’on arrivait pas encore à faire sans. Parce que faire des « quelque chose », ça prend du temps. Ça prend sur le temps qui servirait à seulement gagner des sous, sans forcément que l’activité pour gagner des sous soit « utile » [3] à la communauté [4]. Alors ce serait quand même pas mal que ceux qui participent aux « quelque chose » y perdent pas des plumes au passage... Il est pas question de devenir plein aux as, mais seulement de percevoir une juste rémunération qui permette de vivre correctement, dignement, de profiter de cette vie, se faire plaisir, dans cette société encore basée sur « les sous ».
Alors on dirait que les gens qui apprécieraient les « quelque chose » et qui en auraient les moyens, ils donneraient des sous, le montant qu’ils voudraient. Volontairement et librement. Et ceux qui n’en auraient pas les moyens pourraient bénéficier sans contrepartie.
Y’a pas de contrepartie à la vie. La vie donne. En abondance. Elle est généreuse. Pas parfaite certes. Mais elle se trompe moins que les sociétés humaines. Serait peut-être temps de s’en inspirer. Vous versez une contrepartie à la vie vous quand vous prenez des mûres sur le bord du chemin ? [5]
Je ne sais plus quel auteur, peut-être bien Henry David Thoreau tout simplement, citait en exemple « l’économie » de l’arbre, dont la sève nourrit les feuilles et les fleurs pollinisées qui donneront des fruits, qui tomberont une fois mûrs et nourriront d’autres êtres vivants, avant que les feuilles elles-mêmes ne tombent pour nourrir la terre qui nourrira l’arbre. Circulaire au sens où ça circule, pas que ça tourne en rond. Où est-elle donc la contrepartie ? C’est pas un « je te tiens tu me tiens par la barbichette » auquel on a affaire là. C’est une « simple » symbiose. Un juste équilibre. Que nous ne savons que foutre en l’air comme de pauvres gosses maladroits et colériques. Heureusement les pauvres gosses maladroits et colériques grandissent. Pourvu que nous y arrivions nous aussi...

Alors on dirait qu’il faudrait inventer des espaces où les gens ils pourraient partager leurs « quelque chose », ou travailler en commun sur des « quelque chose » plus gros, ou qui demandent des compétences plus variées. Il faudrait inventer des outils pour ça. Pis des outils pour que ceux qui le peuvent et en ont l’envie puissent donner des sous aux gens qui partagent leurs « quelque chose »...
Ces « quelque chose », en gros c’est ce que l’on appelle les communs. La culture du logiciel libre et open-source notamment est basée sur ce paradigme. Wikipédia. Les savoirs. Les idées. L’art libre aussi. L’air et l’eau (encore pour l’instant) [6]. Les espaces ? Devant chez vous, devant chez moi, dans l’ancienne cabine téléphonique recyclée en boîte à bouquins ou boîte à dons, dans le bac à fleurs communal où un quelqu’un aura planté un rang de haricots ou simplement quelques fleurs. Sur internet. Partout. Les outils ? Ben ils existent déjà... Internet justement, faut reconnaître que c’est quand même assez pratique pour mettre les gens en relation. Donc tous les outils de publication, les plateformes de partage et de collaboration (libres c’est encore mieux [7] : Wordpress, SPIP, Grav, Gitlab, Wikipédia déjà cité, OpenStreetMap, PeerTube, Gallica, mais aussi dans un sens Covoiturage libre, BeWelcome, Inventaire et bien d’autres encore), les plateformes de financement participatif (libres comme Liberapay et HelloAsso ou de type commercial comme Tipeee, Patreon, KickStarter, Ulule, KissKissBankBank) qui ne servent pas uniquement à financer des communs, mais ont le mérite d’offrir une chance à des projets novateurs qui ne trouveraient pas de financement par les biais classiques [8]. Et il semble peu probable que la culture des communs trouverait des financements par les « biais classiques »...

C’est déjà en route et c’est chouette !!! Faut que ça continue. Que ça se développe. Qu’on arrive à construire autre chose, tous ensemble. Au moins qu’on essaie.

 

Alors c’est pour ça que de mon côté j’ai envie d’en être.
Dissocier, au moins dans un premier temps, l’immatériel, laissé librement accessible à tous, et le matériel, alors considéré comme un « produit dérivé ».
C’est pour ça que vous trouverez le maximum de choses, textes et photos que je fais, librement accessibles et téléchargeables pour des usages non commerciaux (au moins pour le moment, histoire de pas me faire bouffer la laine sur le dos, puisqu’on n’est pas encore dans un monde sans argent et sans les abus auxquels il mène...). Et même des photos totalement libres de droits sur le Stock, y compris pour un usage commercial.
Pour le moment, les tirages, éditions, tout ce que je peux considérer comme ces produits dérivés restent dans un système commercial, au moins le temps que je puisse vivre correctement. Selon comment ça évoluera, les éventuelles collaborations, on verra...
Mais j’aimerais au fil du temps étendre la logique, cette philosophie, le plus possible.
Même dans mon activité commerciale. Au moins par exemple en proposant des cours à prix libre. Pourquoi pas ! Il suffit d’essayer. D’inventer. Expérimenter.

 

La création est un domaine privilégié pour tester ça. Un labo énorme.
Sur internet, mais aussi physiquement. Suffit de regarder les manifestations à prix libre. Le chapeau, c’est pourtant pas nouveau ! Et à un concert, la musique a toujours pas réussi à distinguer les gens qui avaient payé leur place plus cher ou moins cher ou pas du tout. ^_^
Puis il y a aussi tout le pan des prestations, au moins les prestations auprès de particuliers, auquel le modèle du prix libre pourrait peut-être s’adapter. Petit à petit... Avec respect et mutualité.

 

Des idées de votre côté ?

Allez-y ! c’est comme ça qu’on avance =D

 

Pour approfondir

[1Les quantités étant par définition limitées, je souhaite conserver une gestion « humaine » et artisanale de bout en bout pour les tirages d’art numérotés.

[2Si on a encore un siècle ou deux.

[3Ahhhhh... la notion d’utilité...

[4Et sachant que ce qu’on nomme temps, qu’il existe réellement ou non, est lui une ressource limitée et que le robinet coule quoi qu’il arrive.

[5Je parle ici des contreparties immédiates, pas du résultat de la libre circulation de ces mûres dans votre organisme qui, en effet, viendra amender la terre à un moment ou à un autre.

[6Je les place personnellement dans les communs malgré l’absence de notion de gouvernance dans la mesure où je crains qu’une gouvernance soit bientôt nécessaire pour protéger ces ressources d’une privatisation à terme... Voir la différenciation communs et biens communs opérée notamment sur Wikipédia. Les théorisations peuvent s’avérer complexes, mais l’idée de base reste très simple.

[7Puisque la culture moderne des communs a commencé par là, ça tombe bien non ! :-)

[8Le problème récurrent des outils, pas les outils eux-mêmes mais la façon dont on les utilise.

Première mise en ligne 10 mai 2019, dernière modification le 13 mai 2019

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