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Journal | Mai 2020

 
  • vendredi 1er, quelques brins de bonheur
Le sel de la terre
Le sel de la terre

Le sel de la terre, film de Juliano Ribeiro Salgado et Wim Wenders, 2014

Un bout de chemin avec Sebastião Salgado le photographe, Sebastião Salgado l’humain, Sebastião Salgado le témoin, Sebastião Salgado le terrien, qui nous accompagne avec la gentillesse qui semble lui être naturelle, et la sagesse née de sa sensibilité et du cumul de ses expériences, lui qui a connu l’exil, les guerres, les famines, la détresse et le désespoir, la désolation, mais aussi l’amour sous toutes ses formes, et l’indéfectible soutien de sa co-équipière Lélia Wanick Salgado. L’occasion connaître un peu mieux ce regard croisé fugacement au hasard d’une exposition, si profondément aimant et bienveillant ce ceux qui ont vu les ténèbres de l’humanité mais ont tout de même choisi de ne pas renoncer, et de plutôt opter pour la lumière...

 

 
  • dimanche 3, c’est la vie
La peste
La peste

La peste, roman d’Albert Camus, 1947

Miroir mon beau miroir... en révolte contre l’absurde.
Décidément, Camus n’a jamais été autant à la mode (et d’une éternelle actualité), et Sisyphe s’emmerde (quoique).
À chacune de mes lectures impressionnée par la clairvoyance dont ce texte témoigne. Aujourd’hui encore.

L’absurde ici appliqué aux populations... et aux rapports entre les individus : quitte à y être, autant faire de son mieux, ne pas nuire et, si ça se peut, aimer et cueillir un peu de plaisir. Un (très) grossier résumé, car rien n’en vaudra la lecture...

Et pour ceux qui préfèrent l’oralité, l’ouvrage étant en ce moment à la mode, je crois qu’on en retrouve une lecture sur la page facebook de « La grande librairie », ou sur YouTube, au fil d’une initiative plus avancée, sur la chaîne d’Alain Morel, lectures improvisées...

Les autres disent : « C’est la peste, on a eu la peste. » Pour un peu, ils demanderaient à être décorés. Mais qu’est-ce que ça veut dire, la peste ? C’est la vie, et voilà tout. »

 

 
  • samedi 9, ondes alpha, et bêta ?
Votre corps en sait plus que votre cerveau
Votre corps en sait plus que votre cerveau

Votre corps en sait plus que votre cerveau, essai de Bernard Sensfelder, Éditions Dangles, 2019

(Aller) vers une adaptation de l’individu à son environnement, vers un arrêt de la lutte. »

La présentation, de façon claire, simple et ne nécessitant aucun bagage particulier, d’éléments de compréhension du « mal-être », et d’outils tout aussi accessibles pour (re-)apprendre à être bien. Notions autour du rapport à soi, du rapport au corps (et surtout de sa non-séparation #DescartesEstUnId...), de l’angoisse de mort, du rapport à l’autre, abordées avec justesse. Ayant constaté à titre personnel les bienfaits des outils décrits ici, je ne peux qu’en encourager la lecture ! =)
Si plus de monde arrivait à atteindre cet être bien, le monde ne s’en porterait peut-être que mieux...

 

Alphaville
Alphaville

Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution, film de Jean-Luc Godard, 1965

Espérer pendant une heure et demie un je ne sais quoi qui aurait donné du sens. En vain. Pseudo-SF sur fond de menace atomique et critique de la technocratie, un gros sac avec des petits bouts clairsemés de 1984, Le monde des Ā, La jetée (à ne louper sous aucun prétexte en revanche !!), Blaise Pascal, Nietzsche, Céline, Éluard ou Baudelaire, et un agent secret qui tue arbitrairement (pour s’opposer à la logique ?) et emprunte à un amalgame de Thésée et d’Orphée, un gros sac donc, qui reste cependant désespérément vide et sonne creux... Y’avait du potentiel pourtant ! Pour dire à quel point ce film m’a semblé à chier. Mention spéciale à Eddie Constantine. Ou j’ai loupé une marche (et je veux bien qu’on m’explique ce que j’ai loupé), ou je n’aime vraiment pas Godard. Deuxième expérience après un JLG/JLG vu (entre deux coupures son-image — sans avoir la sensation d’avoir raté quoi que ce soit) aux environs de sa sortie, je me demande si l’envie de voir Pierrot le Fou, Le mépris, À bout de souffle, Tout va bien ou L’adieu au langage tient encore de la curiosité d’essayer de comprendre son cinéma ou d’un certain masochisme.

 

 
  • dimanche 10,
Les noces funèbres
Les noces funèbres

Les noces funèbres, film de Tim Burton, 2005

Loin de la nullité qui m’était remontée aux oreilles sans que j’aie pu juger par moi-même... Pas le meilleur Tim Burton, d’accord, mais quelques belles trouvailles, du rythme et de l’humour qui m’ont permis de passer un très agréable moment dans cet univers poétique si spécifique que toute signature est superflue.

 

 
  • mercredi 13, de l’autre côté du miroir...
Orphée
Orphée

Orphée, film de Jean Cocteau, 1950

L’envie de voir ce film (et sa « suite ») après Alphaville (oui, je cherche toujours à comprendre ! :-) ) [1], et m’amuser de retour ici à faire le non-lien avec le film précédent. En effet il n’y en a pas, ou si peu...
Cocteau. Seulement [2] cinq films [3], mais quels cinq films ! Difficile de ne pas penser ici au Stalker de Tarkovski ni à Lynch (et en particulier Twin Peaks) ou — j’ose — d’un Kubrick qui rêve en négatif entre jeux de miroirs et damiers [4], tant sur le fond que sur la forme, sans savoir si l’inspiration s’est diffusée en cascade, ou si ces quatre poètes se sont retrouvés à boire à la même source [5]. Au-delà du fond, adaptation du mythe d’Orphée et Eurydice pleinement intégrée à l’univers propre de Cocteau, de fameuses trouvailles et un voyage de l’autre côté du miroir [6].
Je recommande, évidemment.

Pour approfondir

 

 
  • vendredi 15, de miroir en revers de médaille...
Le Testament d'Orphée
Le Testament d’Orphée

Le Testament d’Orphée, film de Jean Cocteau, 1960

Un film fait à la maison avec les copains (Édouard Dermit, Maria Casarès, François Périer, Jean Marais bien sûr, Daniel Gélin, Alice Sapritch, Picasso, Sagan, Vadim, Aznavour ou encore Truffaut, sans oublier Martial Solal pour le plaisir des oreilles...).
Foutraque et plein d’humour [7], on ignore où le prochain pas nous mènera, sinon un peu plus vers la fin. Une ballade étrange où tout ce que le poète laisse, c’est un léger sillon entre une fleur et une tache de sang. Et sa poésie puisque les poètes sont immortels. Ici épaisse de symboles et de mythes, la richesse des interprétations renouvelle j’imagine chaque visionnage, d’autant plus qu’ils se font l’écho de l’œuvre elle-même de Cocteau, qui les a passés à la moulinette de son propre filtre, une couche de richesse en plus pour qui connaît suffisamment. À revoir donc avec plaisir, après l’avoir découverte un peu mieux. Beaucoup aimé. La forme peut cependant déstabiliser les moins habitués de la forme poétique, a fortiori au cinéma (mais ça vaut tout de même le coup d’essayer !!) =)

 

 
  • samedi 16, ah non, le pays des Bisounours c’était la quatrième à gauche, vous vous êtes trompée...
La route
La route

La route, film de John Hillcoat, 2009

P - A - T - H - O - O - O - S
Y’en a un peu plus j’vou’l’mets quand même ?
Bon, deux trois réflexions malgré tout...
Pourquoi tenter de survivre ? Une façon de maîtriser sa dépouille est-elle de ne pas en laisser ? Il y a d’autres moyens pour ça... Alors ?
Mes chaussures sont-elles encore en assez bon état ?
Ou alors — eurêka ! — la vie ne vaut-elle rien s’il faut sans cesse se méfier de son prochain ? Un prochain auquel, d’ailleurs, il est plus souhaitable de croire qu’en un dieu qui, de toute évidence, avait piscine ce jour-là.
Est-ce que les concepteurs de caddies ont pensé à des intégrer roues tout-terrain ?
Des pistes intéressantes mais... comment dire... ?
Muais.
Pis sincèrement, Vigo Mortensen a de meilleurs arguments dans Captain Fantastic.
En revanche je ne connais pas le roman, si vous avez des retours ?

 

 
  • jeudi 21,
Bifrost n°96
Bifrost n°96

Bifrost n°96 | Spécial William Gibson, auteur matriciel, collectif aux Éditions du Bélial, 2019

Un sacré bail que je ne me suis plongée plus assidument dans un Bifrost, il faut que certaines choses changent ! [8]
Bon, déjà, une nouvelle adorée, entre cinéphilie et multivers, un peu bluette mais fort sympathique (Rêves impossibles, de Tim Pratt) ! La découverte de titres que je n’aurai jamais le temps de lire, le plaisir de la frustration [9] et de poser la main à la surface d’un océan de découvertes et de potentialités (comme à chaque fois). Puis la plongée dans le monde de Gibson. Passés les articles de Gary Westfahl à mon sens tout à fait dispensables, un dossier sympa et, surtout, la rencontre avec Marion Mazauric qui fait partie, avec Le Diable Vauvert, de ces éditeurs qui ont fait le choix de faire un vrai travail d’éditeur plutôt que de financier. Ça mérite juste d’être signalé (et soutenu...), en passant (... chez le libraire du coin, qui regorge de pépites à partager). Bonne nouvelle, Le Neuromancien à nouveau dispo incessamment sous peu chez le sus-nommé. Entre autres. Pour finir, la cerise de Monsieur Lehoucq sur un gâteau tout de même bien plaisant.

 

 
  • samedi 23,
La nuit des forains <small>Gycklarnas Afton</small>
La nuit des forains Gycklarnas Afton

La nuit des forains Gycklarnas Afton, film d’Ingmar Bergman, 1953

Comme à l’accoutumée Bergman oscille entre étude anthropologique, sociale et intime. De la condition sociale et la représentation de l’individu qui y est associée, ici illustrée par l’opposition entre les théâtreux bourgeois et les forains pouilleux, à moins de se laisser séduire par une vie bien rangée de commerçant. Poésie, toujours, sensibilité à fleur de peau. Juste après Un été avec Monika, il est encore aussi question de sensualité, d’amour, de séduction ou d’engagement... L’engagement de toute une vie ou de seulement quelques temps ? N’est-ce pas à ces questions-là que renvoie chaque choix ?
Encore un jeu de masques à nouveau, où ceux qui sont chargés de faire rire sont les plus désespérés. À moins que tout ceci ne soit d’une farce ? Excellent.

 

 
  • vendredi 29,
Rêves de femmes <small>Kvinnodröm</small>
Rêves de femmes Kvinnodröm

Rêves de femmes Kvinnodröm, film d’Ingmar Bergman, 1955

Quelques heures dans la vie de deux (trois) femmes et quelques hommes, et la proximité d’écriture de Bergman et de celle de Zweig ne m’avait jamais autant frappée. Pourtant ! Et en fin de compte, que veulent les femmes (et les hommes), sinon être aimés, et se rassurer sur leur capacité à l’être... chacun à sa manière, entre les doutes liés à chaque âge et les désirs inhérents, Bergman [10] y figure aussi vraisemblablement les siens, et y préfigure le thème principal de ce qui deviendra Les fraises sauvages après deux autres années de maturation. Ici un film très riche, pas forcément, à mon sens, dans les meilleurs, ce qui ne m’a pas empêchée de beaucoup aimer !

 

 
  • dimanche 31,
Doctor Who <small>Saison 12</small>
Doctor Who Saison 12

Doctor Who Saison 12, série de Chris Chibnall, 2020

#FanGirl
Deux premiers épisodes bien marrants sur l’omnipotence de ceux à qui nous confions bien benoîtement toutes les données de nos vies, avec en prime une invite à réfléchir au rôle de l’information et ce qu’il est possible d’en faire, à plusieurs échelles et périodes, le tout bien emballé dans une pseudo-parodie de film d’espionnage d’origine anglaise (indice chez vous, l’épisode s’appelle Spyfall), malgré un O très très mauvais et une apparition un peu (trop !) courte de Stephen Fry. Un troisième épisode qui avait du potentiel, sur le papier. Suit un chouette moment avec Tesla, plein d’affection, puis un épisode de mi-parcours qui semble annoncer la fin de la saison — une grosse bande-annonce proche du 0 narratif. L’équipe est sympa bien qu’assez plate et il m’est difficile de ne pas repenser à la bonne époque de Steven Moffat où personnages et histoire tenaient sur un scénario solide et bien construit... Comme la sensation d’une forme d’injustice de voir l’édifice ainsi sabordé, alors que le potentiel est encore là. Une production qui n’y croit plus, ou qui ne s’en donne pas les moyens ?
J’ai un peu mieux aimé les trois derniers épisodes (abstraction faite de ce qui a déjà été dit et reste valide), à part les 5-10 dernières minutes du dernier épisode, et un fil narratif façon « élu » qui n’apporte vraiment rien à l’histoire — au contraire. Les quelques allusion au sort des réfugiés et migrants, et au fait que nous pouvons tous un jour le connaître relèvent un peu (je dis bien un peu) le niveau, mais on reste loin de la qualité qu’on a connue et du potentiel de la série. La sensation d’un gâchis, en souhaitant que le cap sera redressé rapidement !!!

 

 
 
 

[1Et attention spoiler : pas vu le rapport

[2mais aussi deux-trois autres choses à côté... Jean Cocteau sur Wikipédia

[3longs métrages

[4Les miroirs sont-ils alors définitivement des passages vers un ailleurs où chacun trouvera sa propre expression, son propre chemin vers lui-même ?

[5à laquelle Bergman n’est à la réflexion pas étranger non plus...

[6et de repenser à celui de Tarkovski et me dire que décidément, il serait sans doute intéressant de revoir sa filmographie à la lumière de celle de Cocteau

[7Bon, vous attendez pas non plus à du gros rire-saucisse hein...

[8même si la lecture-picorage au moment du petit-déjeuner est aussi très agréable...

[9« — Oh s’il te plaît fais-moi mal... — Non. »

[10qui a 37 ans et encore du temps devant lui

Première mise en ligne 3 mai 2020, dernière modification le 12 juillet 2020

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