Vous êtes ici : Accueil > Lu, vu, entendu, visité > Journal | Juin 2019

Journal | Juin 2019

 
  • samedi 1er, comic book
Batman : La Cour des Hiboux
Batman : La Cour des Hiboux

Batman : La Cour des Hiboux, comic book de Rafael Albuquerque, Greg Capullo, James Tynion IV et Scott Snyder, 2012

L’envie de découvrir l’univers originel de Batman, sur papier, alors que je ne connaissais qu’au travers des dessins-animés de mon enfance, de la cultshissime série des 60’s dont les couleurs vous impriment à vie la rétine (et les effets sonores les tympans comme un mauvais souvenir de plongée) et, bien sûr, des films (Nolan For Ever <3). Pour commencer, du comics noir et blanc, du vrai, du lourd.
Une légère peur sur les premières pages devant la subtilité des procédés narratifs des scènes d’exposition, mais ça s’arrange rapidement, pour un récit prenant et au final d’assez bonne facture (à part le ressort à la Star Wars dont on aurait sans doute pu se passer ^_^).

SPOILER ALERT

Non... je suis t...

 
Côté dessin, un super boulot sur les contrastes, l’ombre et la lumière ô combien centrales, le trait est dynamique, bien que certaines cases manquent à mon sens de lisibilité. À noter un très bel exemple d’utilisation immersive de la mise en page qui n’est pas sans rappeler l’invention de Fred ou le travail de Marc-Antoine Mathieu. Une très chouette découverte (huhu) !

 

 
  • dimanche 2, ciné : cycle L.A. et série
They Live <small>(Invasion Los Angeles)</small>
They Live (Invasion Los Angeles)

They live Invasion Los Angeles, film de John Carpenter, 1988

Les films de Carpenter me laissent parfois un goût... difficilement identifiable. Omelette truffe et fraise Tagada. D’un côté une idée originale de base fine et qui tape droit dans le mille, de l’autre un truc mou et sucré dans lequel on se laisse prendre un peu malgré soi (sans trop pousser non plus) parce que c’est dégueulasse, mais quand même... de la Tagada quoi !!
Après, j’imagine volontiers que passer un message politique de cet acabit (manipulation de la population, mass-media, surconsommation et autres joies) en pleine période « Golden Boys » et espérer le diffuser auprès du plus grand nombre (ou juste le faire accepter par des producteurs) relève de la gageure que seuls baston, gros guns et jeans (ultra-)moulant (+ dames à anatomie généreuse) peuvent soutenir...
On pourrait aussi considérer tout cela comme du « méta », une mise en abyme pour le coup abyssale, et je crie au génie ! D’autant que le message a toujours la même validité 30 années après.
Dans un sens, essentiel. Pis moi je dis que dans la vie faut être curieux ! Omelette truffe et fraise Tagada, ça se goûte au moins une fois. Si ça se trouve, en plus, vous aimerez ça. Perso j’en reprendrai bien un bout =)...
Si jamais vous hésitez encore, je ne sais pas si ça a été voulu ou non, une lecture à un deuxième niveau pourrait en faire un film iconique de la culture gay, sur ton humoristique en pleine période noire du sida. Ou alors j’ai juste divagué ? Vos avis ?! ;)

Au passage, si vous ne connaissez pas encore Carpenter, en plus de celui-ci, ruez-vous sur The Thing bien sûr (sauf pour passer le temps si vous êtes coincés dans un cabanon par une tempête de neige, dans ce cas-là attendre qu’il fasse un peu meilleur), et Dans l’antre de la folie, exceptionnel ! J’ai aussi un très bon souvenir (mais aussi très lointain) de Starman (peut-être un peu cul-cul ?), Christine, et The Philadelphia Experiment (producteur uniquement sur ce dernier). Me restent encore à découvrir Halloween (ben oui !), Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin, apparemment culte, peut-être Prince des ténèbres ? En tous cas encore quelques saveurs inattendues à tester. Et vous, Carpenter, ça vous fait quoi ?

 

Battlestar Galactica
Battlestar Galactica

Battlestar Galactica, série de Glen A. Larson et Ronald D. Moore, 4 saisons, 2003-2007

Je crois bien que j’en avais vu quelques images à la télé à l’époque où c’est sorti... mais de ces quelques images n’était pour moi ressortie que l’impression d’avoir affaire aux Feux de l’amour dans l’espace (faut dire que le doublage français n’aide pas), mon pouce a donc poursuivi son exercice récurrent. Et puis l’an dernier un ami m’en a parlé comme de la meilleure série SF de la galaxie, alors ça a forcément titillé ma curiosité !
Bon, c’est vrai, c’est un soap-space-opera avec des vrais airs de Santa Barbara dedans. On retrouve la blonde plantureuse, le beau gosse, la rebelle, l’image paternelle et maternelle, des amours qui vont et viennent, des maladies, du tragique : eros et pathos. Je me suis demandée si ce n’était pas un truc pour ratisser au plus large, imaginant que le public visé était tout d’abord celui des États-Unis, d’est en ouest (ou l’inverse). Et pour une fois, je trouve le procédé pas mal, parce ce soap-space-opera-là va beaucoup plus loin, et va donc proposer cette profondeur supplémentaire au maximum de gens, ça peut pas faire de mal. Réflexions philosophiques, sociales, politiques, éthique, beaucoup de sujets sont traités, et souvent de façon très intéressante.
La première saison est très axée sur le thème de l’identité et la définition d’individu (saloperie de cylons !). La deuxième tourne pas mal autour du sujet de la religion (et ne fait pas que tourner autour !), quand la troisième a clairement plus une orientation sociale (société de classes, travail, etc...). La dernière fait la synthèse de tout cela en y donnant une orientation plus politique (au sens d’organisation du peuple, de la cité, de la société, bref, de la communauté).
Globalement, une série vraiment très intéressante tout en sachant rester divertissante (parce qu’effectivement, vendre de la philo pure et dure à la télé sur le continent américain n’est peut-être pas si facile, sur le continent européen non plus, d’ailleurs...). Pas forcément toujours aussi bien écrit que les meilleurs épisodes de Dr Who, mais pas mal tout de même. En bonus, une bande originale assez sympa et éclectique, ça ne gâche rien ! Un must !!

 

 
  • mercredi 5, ciné en couleurs
Douleur et gloire
Douleur et gloire

Douleur et gloire, film de Pedro Almodovar, 2019

Coincé entre un corps qui lui en a fait voir de toutes les douleurs et un nom devenu célèbre résultant de son propre travail (de cinéaste), Salvador vit comme il peut, et c’est loin d’être évident. Dans cette auto-fiction, Almodovar nous offre une rétrospective de la vie de Salvador, ses anciens films, ses anciens acteurs, ses anciennes amours, l’enfance qui parfois ressurgit de façon inattendue...
Servi à merveille par un Antonio Banderas qui vieillit bien et une Penélope Cruz pour qui le temps s’est arrêté, sans oublier les autres acteurs tous excellents et justes, Almodovar aborde avec talent les thèmes du temps qui passe, la mort qui vient, la mère et l’enfance, la créativité, la page blanche et le vide qui se crée tout autour dans ces périodes-là, la tentation de fuir. Loin d’être triste et morne, le film nous plonge dans un arc-en-ciel de formes et de couleurs où le rouge de la passion domine toujours, c’est beau, très sensible, touchant sans être plombant. Plein de poésie et de délicatesse. On [1] ressort avec cette sensation de bonté universelle, à avoir envie d’embrasser (= prendre dans ses bras) tout ce qui se présente (pis on le fait pô), tous dans le même bateau.
Du grand Almodovar...
Furieuse envie de me replonger dans ses autres films moi !

 

 
  • samedi 8, lecture
Batman : The Killing Joke
Batman : The Killing Joke

Batman : The Killing Joke, comic book de Brian Bolland et Alan Moore, Urban Comics (réed.), 1988

Top !
Plongée acide dans la genèse du Joker. Le scénario et le découpage d’Alan Moore sont juste fabuleux, les dessins, couleurs et encrages de Brian Bolland le sont tout autant, travail des ombres, cadre, dynamisme des scènes...
Avec au passage une jolie réflexion sur les méandres de la folie, loin de tout manichéisme.
Heureuse de la découverte. Arrive sans sourciller dans mon classement des 20 meilleures BD.

 

 
  • dimanche 2, vieille envie et série
Dans la peau de John Malkovitch
Dans la peau de John Malkovitch

Dans la peau de John Malkovitch, film de Spike Jonze, 1999

Y’a deux films qui me faisaient envie depuis longtemps, que j’associe peut-être par leur affiche, ou parce qu’ils me donnent la première sensation de traiter des sujets proches, en abordant recherches sur la réalité et l’identité : Dans la peau de John Malkovitch ici présent, et Réalité, de Quentin Dupieux (capable du pire comme du meilleur). Il faut dire que j’aime bien les films qu’on appelle « mindfuck ». Mais évitons tout paralogisme, ce n’est pas parce qu’un film présente cette forme que je l’aime... À mon goût trop long à démarrer, ou juste trop long, il n’explore pas assez son sujet, petite déception, on verra avec le suivant ! =)

 

Fargo <small>(Saison 1)</small>
Fargo (Saison 1)

Fargo, série de Noah Hawley, d’après Ethan & Joel Coen, 4 saisons, 2014-2018

Un petit passage par le film avant pour élargir ma vision, mais — attention spoiler — d’ores-et-déjà une très très bonne série !!!

 

 
  • mardi 11, soirée vidéo
Le discours d'un roi
Le discours d’un roi

Le discours d’un roi, film de Tom Hooper, 2010

La mise en parallèle du combat d’un homme que les méandres du hasard et du destin vont pousser sur le devant de la scène royale alors qu’il a été relégué toute sa vie à l’éternelle place de cadet, de second, rabaissé, humilié, moqué, trop sensible, trop rêveur et surtout trop bègue (dans un mouvement circulaire auto-entretenu rendu de façon pertinente qui évoque bien je pense ce que peut vivre une personne dans cette situation dans la vraie vie), du combat donc contre ce handicap jusqu’au moment de bascule, le discours royal qui plongera la Grande-Bretagne et le reste du monde dans le combat contre le nazisme, un autre combat pour la liberté de parole et la liberté d’être soi. Une autre voix pour se dresser face à un Hitler, lui très à l’aise pour haranguer les foules. Pouvoirs et devoirs de la parole.
Un film très sympa servi par un excellent duo Colin Firth et Geoffrey Rush. Ça ne va pas hyper loin mais j’ai passé bien agréable moment.

 

 
  • vendredi 14, (gros) jeu de société
Batman : Gotham City Chronicles
Batman : Gotham City Chronicles

Batman : Gotham City Chronicles, jeu de plateau de Fred Henry, illustrations de Georges Clarenko, David Demaret, David Finch, Jim Lee, Monolith Board Games, 2018-2019

Après quelques rendez-vous manqués l’an dernier, j’ai enfin eu la chance de me venger (dans les grandes largeurs) et tester Batman : Gotham City Chronicles, gros jeu de plateau à scénarios avec figurines, de deux à quatre (et maintenant cinq !) joueurs. Et... je n’ai pas été déçue et en redemanderai même plutôt !!! En effet, bien qu’en deux dimensions, le jeu est particulièrement immersif, et les scénarios proposés sont à la fois variés et très stimulants, tout en offrant de réelles références à l’univers canonique de Batman qui vous fait sentir que les développeurs sont de véritables passionnés. Les mécaniques de jeu sont très fluides malgré, au démarrage, un investissement assez important pour maîtriser des règles certes assez velues, mais sans lesquelles le jeu ne serait pas aussi profond et donc intéressant (avec ce p’tit goût de reviens-y). On y développe une vraie stratégie (certes avec un peu d’aléatoire puisque les actions se résolvent en général par des lancers de dés, mais ça le fait quand même), quel que soit le bord qu’on ait choisi, Héros ou Vilains, avec une excellente rejouabilité qui tient à la richesse des scénarios et la structure des plateaux (quatre différents dans la version de base). Rejouabilité encore décuplée par les nouvelles extensions qui sortiront l’an prochain et aux versions « proto » desquelles j’ai pu aussi jouer (héééé ouaiiis !). Loin d’être de simples gadgets, elles invitent de nouveaux personnages (avec chacun de nouvelles spécificités) à s’intégrer aux anciens scénarios, qui se joueront forcément différemment, et à de nouveaux, tout beaux tout neufs pour un plaisir sans cesse renouvelé. Au menu : la Suicide Squad, la Ligue des Assassins, de nouveaux Batman (Batman Incorporated), tous excellents, quelques nouveaux vilains qui préparent leurs coups vicieux et un duo Batman-Rookie très fun à jouer... Miam !
Quant au matos, j’en parle même pas ! ^_^

Des infos et des reviews

 

 
  • samedi 15, bédé et ciné
Batman : Année Un
Batman : Année Un

Batman : Année Un, comic book de David Mazzucchelli et Frank Miller, 1987

Batman : Année Un : l’arrivée de Gordon dans une Gotham corrompue jusqu’à l’os, retour de Bruce Wayne avec une envie, un besoin et des capacités, mais encore sans méthode... les choses se mettent en place, petit à petit, semaine après semaine. À la façon d’un journal de bord, scénar talentueusement écrit et particulièrement soigné, personnages d’une grande justesse, un trait et des couleurs que j’ai rarement vus dans les comics que j’ai lus jusqu’ici, et qui contribuent merveilleusement à l’atmosphère sombre et puante de Gotham (peut-être à rapprocher de ceux de V pour Vendetta ? autre pilier du genre).
La perfection n’existe pas dans ce monde mais les héros continuent à agir vers le meilleur, malgré tout ? Une pointe de lumière tout au bout du tunnel ? Mythologique.
Un régal =)

 

Rocketman
Rocketman

Rocketman, film de Dexter Fletcher, 2019

Alors... bon, ce n’est que mon sentiment hein, je recommande les quinze premières et des trente dernières minutes du film à toute personne rencontrant des difficultés de transit. Voilà voilà.
Pour l’heure quinze qui reste cependant, j’ai passé un très bon moment façon « feel-good movie ». Les thèmes de la solitude, dépression et drogue sont traités apparemment avec sincérité, sans pathos, comme une personne qui s’en est sorti voudrait témoigner pour aider ceux qui y sont toujours... Je n’irai pas non plus jusqu’à penser que le film, se voulant biographique, est 100% objectif, puisque produit par Sir Elton John himself. Mais un bon moment (cette heure quinze-là), avec de la bonne musique et plein de couleurs pour égayer le tout ! =)
Pour qui aime le chaud-froid donc.

 

 
  • dimanche 16, encore bédé !
Batman : Le deuil de la famille
Batman : Le deuil de la famille

Batman : Le deuil de la famille, comic book de Greg Capullo, Jock, Scott Snyder et James Tynion IV, 2014

Je n’arrive pas encore à définir réellement pourquoi, mais cette bd me laisse un arrière-goût de « mouais-bof »... Pourtant, le scénario est là encore très bon, et quelques planches sont juste à tomber par terre, mais il y a des choses qui ne passent pas. Des arrangements qui font que je ne me laisse pas emmener. Beaucoup moins de subtilité dans l’écriture que dans les deux précédents aussi (tout ne peut pas être génial non plus !). Des cadrages moins étudiés, moins immersifs.
Non, j’ai beau tourner dans tous les sens, pour l’instant c’est un oui mais.

 

 
  • samedi 22, toujours bédé !
Batman : Mascarade
Batman : Mascarade

Batman : Mascarade, comic book de Rogê Antônio, Dustin Nguyen, Sam Kieth, John McCrea, Graham Nolan, 2015

Je ne sais pas si c’est dû à la publication par chapitre ou au rythme un peu trop soutenu demandé aux dessinateurs, mais s’il y a un truc qui peut m’agacer dans certains comic books, c’est le manque de cohérence...
Un cauchemar... certes. Récit sans cohérence où justement le cerveau fait son maximum pour recoller les morceaux, comme il peut, et vive le surréalisme =) Ça me parle bien, j’aime ça. Mais le problème, c’est que dans une histoire, c’est un procédé narratif, ça doit servir l’histoire, nous emmener quelque part. Là, à part deux-trois réflexions bien écrites, j’y ai rien trouvé qu’un amalgame de trucs décousus, ça m’a emmenée nulle part. Pourtant, aborder le thème de la mort chez un Batman qui s’y est tant soustrait, de la pensée presque philosophique autour de ça, y’avait de quoi dire merde ! Pourquoi commencer pis... pffiut... passer largement à côté, éluder (ça aussi c’est un procédé narratif ? 0_ô)... dommage. En plus, dessin plutôt plat à mon goût à moi.
Déçue [2].

Vais-je réussir à rattraper mon retard ? Vous le saurez au proc... Oh non tiens...
Vous le saurez en composant le 3615-2762-783 (25€ + 12,27€ /min + coût appel surtaxé)

 

 
  • dimanche 23, ciné : cycle L.A., la dernière !
The long goodbye <small>(Le Privé)</small>
The long goodbye (Le Privé)

The Long Goodbye Le Privé, film de Robert Altman, 1973

À part M.A.S.H., dont j’ignorais totalement qu’il était de lui avant de consulter la fiche, je n’avais jamais vu un film de Robert Altman. Abonnée au magazine Première dans les années 90, c’est pourtant pas faute d’en avoir entendu parler ! Bon, voilà, c’est fait. J’ai mis le doigt dedans maintenant, j’essaierai d’en voir quelques autres à l’occasion (et revoir M.A.S.H. au passage ;) ). Sous vos yeux, Philip Marlowe, détective privé. Un mec droit, fiable... un vrai gentil en fait (même si faut pas non plus trop l’emmerder hein). Tout autour, un monde qui l’est beaucoup moins (droit, fiable et gentil). Il le sait, mais il fait l’effort d’être ce gars droit, fiable et gentil. C’est son éthique perso. Toujours serviable avec ses voisines, avec ses collègues, quand son meilleur ami lui demande de l’aide, il y va, sans aucune question. Même si ça doit tourner au vinaigre. (Et devinez... forcément que ça va tourner au vinaigre !) LE mec qui a la classe. Toujours avec son clope et sa fine cravate, à marcher comme un chat. Pour la suite, je vous laisse zyeuter vous-mêmes, ce sera aussi bien =) Pas un film qui frise le panthéon, mais un très très bon moment et une réflexion intéressante, bref tout ce que j’attends d’un bon film, sur fond de décor 70’s (où vous verrez que le yoga peut en faire baver certains).
Pis enfin, si vous vous êtes toujours interrogés sur l’origine de Spike de Cowboy Beebop, ne cherchez plus, c’est Marlowe !!!

 

 
  • lundi 24, retour à la littérature
Tropismes
Tropismes

Tropismes, récit et impressions de Nathalie Sarraute, 1939

Succession de courts récits impersonnels, impressions, sensations. « mouvements indéfinissables qui glissent très rapidement aux limites de la conscience ; ils sont à l’origine de nos gestes, de nos paroles, des sentiments que nous manifestons, que nous croyons éprouver et qu’il est possible de définir ». Il, elle, eux, peu importe qui, Nathalie Sarraute se détache des conventions sociales, des personnages qui revêtiraient des vêtements et un vernis qui ne leur appartiennent pas, pour aller creuser plus loin.
On y devine une petite fille déjà, puis jeune femme, curieuse, assoiffée de découvrir, plus attirée par les livres et le reste du monde que par la cuisine et la couture, et c’est tant mieux (oui, il fut un temps où la société mettait les gens dans des cases pour toute une vie selon certains critères arbitraires comme le sexe, l’origine ou la classe sociale — par exemple —, époque heureusement révolue).

 

 
  • mardi 25, à nouveau bédés et film
L'Injection — Tome 3
L’Injection — Tome 3
L'Injection — Tome 2
L’Injection — Tome 2
L'Injection — Tome 1
L’Injection — Tome 1

L’Injection, T. 1 à 3, comic book de Jordie Bellaire, Declan Shalvey et Warren Ellis, 2017 (T.1 et 2), 2018 (T.3)

« Cinq génies dans leur partie chargés par une branche secrète du gouvernement britannique de découvrir la prochaine révolution technique et de précipiter l’étape suivante de l’évolution de l’humanité. Ils y parviendront, mais à quel prix... ». Décor planté. Ça fait envie hein !!!
Sympathique découverte mais...
D’emblée dans l’action et la tentative de comprendre ce qu’il se passe (enquête façon WTF), l’histoire nous plonge dans les profondeurs. On ignore encore lesquelles, les contours se dessineront au fil des pages, d’abord en filigrane, dialogues, flash-backs... L’intrigue est à mon goût, assez bien écrite, je plonge aussi. Les personnages sont très sympa (dans leur genre), parfois un peu (trop) dans les clichés d’un Sherlock, Hannibal Lecter, Monk, mais tout de même bien individualisés, avec un passé qui aura forgé leur caractère, frisant souvent les limites de la folie. Chacun avec sa spécialité, son domaine d’intervention spécifique : histoire, archéologie, géopolitique, biologie, physique, communication et nouvelles technologies, contes et légendes ; chacun avec ses compétences spécifiques ; chacun avec des limites spécifiques aussi, que l’histoire va sans doute forcer à dépasser. Le premier tome présente le groupe et l’histoire de fond, chacun des deux suivants fait bien sûr avancer l’histoire et notre compréhension des enjeux et se concentre sur un personnage en particulier, ce qui se poursuivra fort probablement sur les au moins trois tomes suivants donc. Rien de révolutionnaire, mais j’ai bien aimé, ça permet de focaliser un point de vue différent à chaque fois, voir l’histoire sous un regard individuel.
Le dessin lisible et à la fois brillant à exprimer l’étrange qui m’a rappelé les univers de Christophe Bec et Frédérik Peeters (Aâma si vous ne connaissez pas, génial).
En revanche, là où je m’agace, c’est sur cette propension à vouloir crédibiliser des événements sous un vernis de vocabulaire pseudo-scientifique (surtout quand on s’approche de manifestations dites paranormales), là, moi ça m’emmerde et m’énerve. Pas assez pour me faire fermer le bouquin, mais demi-teinte donc...
Ça m’empêchera pas de replonger dans les suivants avec plaisir, que ce soit dit aussi !! Du petit biscuit qui se grignotte avec gourmandise quoi... =)

Toute technologie suffisamment avancée ne peut être distinguée de la magie.
Arthur C. Clarke

 

The Machinist
The Machinist

The Machinist, film de Brad Anderson, 2004

Le poids de la culpabilité...
Impressionnant, dans tous les sens du terme. Une véritable expérience de cinéma, au même titre que Fight Club ou Memento (au passage moins connu que Fight Club, mais film construit de façon extraordinaire, à découvrir absolument pour tout curieux de (bon) cinéma !).

J’écris ces lignes pourtant quelques jours après visionnage et pourtant l’impression est pérenne... woah !
Excellent, et indispensable pour tous cinéphiles s’intéressant à la psychologie !

 

 
  • mercredi 26, ciné-doc
Coming Out
Coming Out

Coming Out, film documentaire de Denis Parrot, 2019

Ça m’a fait penser à l’uncreative writing de Kenneth Goldsmith, ou l’écriture sans écriture, adaptée au monde du documentaire filmé : on retrouve ici le montage de vidéos postées sur YouTube tout autour du globe (récupérées avec l’autorisation de leurs auteurs bien entendu), comme témoignage d’un basculement (bousculement ?) dans la vie d’adolescents et jeunes adultes, le moment du « coming out », ce moment où l’on ose révéler au monde, à ceux qu’on aime, peut-être à soi-même, qui on est au fond de soi. Quelle que soit cette personne qui se cachait jusqu’ici derrière des masques, quelle que soit la « spécificité » inavouable que l’on ressent, on a sans doute tous connu ça, peut-être tout simplement au moment où l’on exprime la personne adulte que l’on a envie d’être. Moment intime et dans ce sens universel. Sauf que quand il s’agit de sexualité ou d’identité sexuelle ou de genre, c’est parfois (malheureusement de plus en plus souvent ces temps-ci apparemment) à des réactions violentes, verbalement ou physiquement, qu’il faut faire face. Le rejet brut, inexpliqué et inexplicable. Incompréhension.
Le film nous montre ça. Heureusement il nous montre l’amour aussi. Les fois où ça se passe bien. Et ça fait un bien fou ! Un pas vers la reconnaissance de l’autre. Quel et qui que soit cet autre, quelles que soient les différences. Elles sont là pour nous enrichir.
C’est touchant, sensible, pertinent. D’utilité publique.

 

 
  • samedi 29, formation
La série photo
La série photo

La série photo, ouvrage de Frédéric Landragin, Eyrolles, 2016

Pour la première fois en phase d’édition d’une grosse série, sur laquelle je travaille depuis longtemps, de nouvelles questions que je n’avais pas ressenties lors de la réalisation des précédentes (techniquement plus modestes) se posent à moi. Sans trop croire aux livres techniques trouvés au hasard, je me suis dit après avoir feuilleté celui-ci que la possibilité de gain et d’apprentissage par rapport au risque en valait largement la peine...
L’auteur est à la fois photographe et linguiste, et ça prend ici tout son sens. Les concepts théoriques sont clairs, les exemples parlants, le livre très didactique et bien organisé, à tel point qu’il peut être une mine d’inspiration pour des photographes débutants, tout en restant très intéressant et pointu dans le domaine précis de la série photo, tant dans sa démarche intellectuelle que dans ses aspects techniques. Très bon !

 

 
  • dimanche 30, des bédé ! des bédé ! des bédé !
Serum
Serum

Serum, bande-dessinée de Nicolas Gaignard et Cyril Pedrosa, 2017

Les premières planches nous débarquent dans un univers sans aucune explication... Paris ? on dirait bien... complètement vide... morte ? couvre-feu ? dystopie carcérale ? uchronie nazie ? anticipation. Vers 2050, les ressources de la planète sont tellement estropiées qu’on trafique de l’eau, rationnement, ville à la Orwell... et j’en dirai pas plus. C’est super bien écrit, tant au niveau de ces infos au compte-goutte qui font mouliner le lecteur, qu’à celui du découpage et des thèmes abordés (faut vraiment que je lise Portugal applaudi unanimement à l’époque de sa sortie). J’aime beaucoup les dessins et cet univers que nous propose Nicolas Gaignard en mi-teintes. J’ai juste trouvé que le dénouement se précipite un peu à la fin, pour un sentiment final mitigé : le repas était extra, mais le restau avait hâte de fermer...

 

[1enfin, « je » en tous cas

[2Extrêmement déçue en considérant à quel point ça aurait pu être génial...

Première mise en ligne 8 juin 2019, dernière modification le 10 octobre 2019

LR CC by-nd

La discussion est ouverte !

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?
Ajoutez votre commentaire ici

Ce champ accepte les raccourcis SPIP {{gras}} {italique} -*liste [texte->url] <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.